lundi 18 novembre 2013

Justice populaire au temps d'Alfred Grandidier (1868)

Il m'a paru intéressant d'aller chercher dans les récits d'Alfred Grandidier cette anecdote qui peut contribuer à mieux comprendre ce qui s'est passé récemment à Nosy Be : une rumeur dirigée contre des personnes suivie d'un simulacre de justice populaire. Reste que derrière la rumeur, ici de sorcellerie, hier de trafic d'organes, il y a presque toujours une ou des personnes qui règlent des comptes. Cela se passe au Sud-Est de Madagascar. D'une manière général le scientifique qu'est Grandidier ne ressent que rarement de la sympathie pour les gens qu'il rencontre au cours de ses voyages mais par contre, celui-ci peut être considéré comme rigoureux dans son information.

" Si (quelqu'un) est accusé de sorcellerie, on le sagaye séance tenante : l'inculpé vient au lieu de l'épreuve escorté de ses parents et amis : s'il tombe, ceux-ci l'abandonnent aussitôt et les assistants, se jetant de suite sur lui, le conduisent à quelques pas de la rivière, au pied d'un petit monticule de sable où on le sagaye, et après avoir entouré son cadavre de fagots, on le brûle. Plusieurs fois, chaque année des malheureux, accusés de sorcellerie, sont mis à mort ; quelques semaines avant mon passage, l'un d'eux, quoique percé de cinq coups de sagaye, réussit à s'enfuir malgré ses horribles blessures d'où s'écoulaient des flots de sang, mais poursuivi par la meute des sauvages, hommes, femmes, enfants, hurlant et brandissant leurs armes, il finit par être rattrapé et achevé au milieu des clameurs de joie. Si le "criminel" est un esclave, on ne le sagaye pas on lui casse la tête à coups de pilon..."

(Souvenirs de voyages d'Alfred Grandidier 1865-1870. In : Documents anciens sur Madagascar VI : p. 12)

2 commentaires:

  1. Est-ce que cette "justice" était aussi pratiquée chez les Bara, à la même époque ?
    Louis Michel dans “Moeurs et coutumes des Bara” dans les “Mémoires de l’Académie malgache” Fascicule XV - 1957 (p 41) évoque une structure judiciaire, résumée à la page :
    https://sites.google.com/site/barademadagascar/societe/3-juridiction

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  2. La vindicte populaire qui s'érige en justice et commet d'effroyables erreurs se substitue à l'institution judiciaire quand cette dernière n'a pas les moyens de faire respecter la loi. Il est possible que les choses aient été différentes en pays Bara.

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